En vacances en Vendée, nous décidons d’aller passer la journée aux confins de la Bretagne, sur la presqu’île de Guérande, où habitent des amis qui nous ont invités. Au passage, nous irons admirer les Eoliennes de Bouin situées dans un polder à vocation ostréicole et agricole. A 500 m de la Lagune de Bouin, une étendue d’eau salée qui est un site important de la Côte Atlantique pour la reproduction et l’hivernage des oiseaux aquatiques.

Marais de GuérandeLes marais salants

La presqu’île de Guérande doit aujourd’hui sa notoriété au sel produit dans ses marais. Ici, le « sel de Guérande », la « fleur de sel » sont produits par les paludiers, nom qu’on préfère à celui de saunier, bien qu’il soit plus près des origines étymologiques (saunier vient en effet de saline, marais salant). Ne serait-ce pas pour échapper à cette histoire ancienne des « faux sauniers », ces contrebandiers qui, sous l’Ancien Régime, se livraient à la contrebande du sel, pour échapper à la gabelle ?

Le nom du marais est bien breton : de « gwen », blanc et « rann », pays, nous sommes au « pays blanc », la couleur, ici, se référant à un ancien site sacré…

Les marais salicoles s’étendent sur 2 000 ha de marais cultivés et incultes répartis en deux zones. Celle où nous sommes, la plus vaste, s’étend autour du Traict du Croisic sur les communes de Batz, de Guérande et de La Turballe. L’autre, située au-delà du coteau guérandais, couvre 350 hectares et reçoit l’eau du Traict de Mesquer.

Nous sommes devant un immense quadrillage où les fossés délimitent des bassins argileux aux noms poétiques : cobiers, fards, adernes... Le sel, apporté par l’étier au rythme quotidien des marées, s’évapore, devient saumure puis se cristallise enfin dans les derniers bassins, les « œillets » d’une surface de 70 m2, sous l’effet du soleil et du vent.

En été, de juin à septembre, le paludier récolte, avec la « lousse », la fleur de sel, si prisée pour son goût fin, un sel de surface d’une grande richesse en oligoéléments. Chaque œillet peut en offrir quotidiennement de 3 à 5 kg. Quant au gros sel, récolté avec le « las » au fond des bassins, il est gris et goûteux. 7000 œillets donnent, bon an mal an, plus de 10 000 t de gros sel. Le sel est ensuite porté jusqu’au « Trémet » (petit tas de sel) pour former un « mulon » (gros tas) qui sera évacué en septembre vers un magasin à sel. ou salorge.

Enfin, pas tout le sel : Pendant que le paludier travaille, son épouse ou sa fille, bien installées sous un parasol, le long des jetées, vendent une partie de la récolte au promeneur. Il est en effet beaucoup plus amusant d’acheter son kg de sel en plein air que dans une boutique : c’est l’aventure qui passe…

On a, en plus, par son achat, l’impression de participer au travail d’un artiste : être paludier, c’est aujourd’hui exercer un des rares métiers agricoles presque exclusivement manuel, sans mécanisation ni apports chimiques…

Week end GuérandeSous l’ardent soleil d’août (hé oui, il n’y a pas que de la pluie en Bretagne !), on se promène sur les digues, admirant les couleurs de l’eau dans les bassins. Irisations, camaïeux d’ocres, de roses, de pourpres, du plus doux au plus flamboyant, suivant le degré de salinisation ; de bleus et de verts de l’eau et de la végétation ; de blancs du reflet de quelques nuages de beau temps… Sur les bords des étiers poussent les salicornes, les obiones  et les soudes maritimes. Au début de l’été, les statices et les asters maritimes ont apporté du mauve au gris-vert des talus, et, dans l’eau, les salicornes, qui étaient vertes jusque-là, ont rougi et durci. Elles forment de beau tapis presque violines sur le fond de certains bassins et nourriront la Linotte mélodieuse qui en adore les graines…

Justement : nous ne sommes pas les seuls à profiter de ces vasières : quelques oiseaux s’y reposent. Lesquels voyons-nous, parmi les 180 espèces d’oiseaux migrateurs qui passent en ces lieux et les 72 qui y nichent : sterne caugek, mouette mélanocéphale, avocette élégante, chevalier gambette, vanneau huppé, bécasseau variable, pluvier argenté, barge rousse… ? Six espèces (Aigrette garzette, Spatule blanche, Busard des roseaux, Avocette, Sterne pierregarin et Gorge-bleue) sont même à l’origine d’une classification des marais en Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux (ZICO). Aucun de nous ne s’y connaît assez pour le dire, alors nous nous contentons de les admirer sans les déranger. Ils concourent à la beauté et au calme de ces lieux que nous ne voudrions troubler pour rien au monde…

A la lisière de la saline, quelques maisons profitent de la vue. De belles maisons bretonnes. Des murs épais en grosses pierres, des linteaux en pierre sculptée, de belles ouvertures sur le marais voisinant avec les fenêtres traditionnelles à petits carreaux… de quoi rêver !

Sel de GuérandeMais nous allons maintenant déguster quelques crêpes arrosées d’une bolée de cidre avant de diriger nos pas vers la vieille cité guérandaise.

La ville de Guérande

Après le déjeuner, nous visitons la jolie cité guérandaise. La ville est piétonnière, on doit se garer hors les murs. On tourne un peu autour des remparts avant de trouver une place : c’est qu’il y a du monde, ici, contrairement aux salines où on avait l’impression d’être tout seuls…

On apprend que c’est en 1343, à la suite du saccage de Guérande par les troupes de Charles de Blois de 1342, que Jean de Montfort a demandé le renforcement massif de la ville par des fortifications. Les travaux ont commencé par la Porte Vannetaise. Il a fallu attendre 145 ans pour que ces remparts, achevés, soient inaugurés par le duc breton François II (père d’Anne de Bretagne), quelques mois avant sa mort. C’est la Porte Saint Michel qui a été achevée en dernier.

Sur 1 434 mètres, il y a quatre portes (Saint Michel à l’est, Vannetaise au nord, Bizienne à l’ouest et de Saillé au sud) et six tours monumentales. En 1848, une ouverture supplémentaire a été ouverte au sud-ouest des courtines : la poterne du Tricot.

On entre par la Porte de Bizienne dans une ville qui a conservé un air médiéval, d’autant plus qu’en été l’illusion est renforcée par des comédiens et chanteurs en habits anciens qui se promènent parmi nous où donnent des représentations de plein air et de gais oriflammes qui festonnent les rues..

Porte de BizienneChaque rez-de-chaussée, ou presque, accueille un commerce : restauration, produits locaux, vêtements, souvenirs… La marchandise déborde sur le trottoir, créant une douce confusion entre l’intérieur et l’extérieur, mise à profit par le chaland qui passe… Nous sommes bien en terre bretonne : les maisons pourraient être austères, en grosses pierres de granit gris. Mais la pierre chante sous le soleil et la fantaisie vient des portes, toutes peintes de couleurs vives, ornées de petits carreaux, de voilages colorés, de plantes grimpantes, encadrées de linteaux sculptés aux formes harmonieuses ou audacieuses…

Et que dire alors des enseignes ? Elles se balancent doucement au vent. De bois, de fer, elles sont de toutes tailles et formes. Ici, un pantin vêtu de gaze fine s’envole, là, un artiste peint en costume breton annonce la couleur, ailleurs un chien assis présente la crêperie du même nom, une dame aux beaux atours  préside aux destinées d’une pâtisserie, une chouette veille sur l’opticien…

Nous sacrifions donc à l’invite et entrons dans ces jolies boutiques, succombant parfois ! Mais nous arrivons sur la place de la Collégiale Saint-Aubin, impressionnante par sa taille et sa richesse.

Elevée sur d’anciennes fondations mérovingiennes du XII° au XVI°s, elle nous offre une belle façade occidentale de granit agrémentée de fins clochetons et de pinacles à crochets. Au XV°s, on a même encastré, sur le contrefort gauche de la façade, une rareté : une chaire à prêcher extérieure, réservée aux catéchumènes. On admire aussi le Porche du Baptistère, construit au XV° s. et décoré à la Renaissance, qui permet d’entrer dans la Collégiale.

On continue la promenade par des ruelles pavées en passant devant des maisons anciennes des XVI et XVII°s, dont une magnifique : celle qui fait l’angle de la place et de la rue Sainte-Anne,et une autre, toute fraîche avec ses colombages d’un bleu azur en encorbellement qui ressort sur son crépi blanc…

On se dirige vers l’imposante Porte Saint-Michel du XVI°s, flanquée de deux des six tours des remparts, qui abrite le musée. C’est l’ancien logis du Gouverneur et uns prison pendant la Révolution. Sur les murs, sous les voûtes, les marques des compagnons tailleurs de pierre sont émouvantes

Un rafraîchissement bienvenu dans un joli café, nous quittons nos amis et nous voilà prêts à rentrer à la maison en traversant Le Croisic  et son joli port de pêche. On suit la Côte sauvage dont les rochers ont des noms évocateurs, comme « l’Ours » ou « le grand autel » et part vers le superbe pont de Saint-Nazaire qui nous ramènera chez nous…

Leave a Reply

WeekendAmoureux.co

Profitez d'un week end en amoureux partout en France ou en Europe. Nous proposons de nombreux logements (hôtels, chambres d'hôtes, hébergements insolites) : vous n'avez qu'à effectuer une recherche afin de découvrir tous les logements de votre destination !